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Les chroniques de Benevolt #8 - Il pleut

Il pleut.

Il pleut beaucoup.

Vraiment beaucoup.

Beaucoup trop. Vous devriez rester chez vous. Regarder l’eau ruisseler sur la terrasse. Avec un thé. Allumer la télé. Ce n’est pas prudent de sortir par ce temps. Vous pourriez vous enrhumer, glisser sur un trottoir humide, rater le bus et devoir marcher sous la pluie.

 

En face, la voisine s’active pour attacher ses 3 enfants dans la voiture. Elle doit avoir 35 ans. Elle est sortie sans manteau, ses cheveux sont trempés. Est-ce la pluie ou le shampoing du matin qu’elle n’a pas pris le temps de sécher ? Elle s’énerve. Il manque un cartable. Elle retourne dans la maison et lance le cartable rageusement dans le coffre, avec son manteau. Elle ferme le coffre, un peu brutalement. Elle regarde le ciel, ferme les yeux, et souffle. 8h37, elle va être juste, mais à l’heure à l’école. Elle s’engouffre dans la voiture, allume le moteur et démarre.

 

Cette maman, c’est vous il y a quelques années. Pas le temps de vérifier la météo, de sécher vos cheveux ou de mettre un manteau. Vous attrapiez vos gosses, à peine éveillés, la tartine dans la main, et les faisiez grimper dans la voiture, qu’il pleuve, neige ou vente. Vous filiez les déposer avant de courir au travail. C’était dur. Des matins plus que d’autres. Souffler en levant les yeux au ciel, vous l’avez fait tellement souvent. Vous avez rêvé des enfants plus grands, plus autonomes, ou une nounou à domicile qui les auraient déposés pour vous. Pour pouvoir vous maquiller, vous coiffer. Mettre un manteau avant de sortir. Aujourd’hui vous regrettez. Un peu. Vous aimeriez retrouver l’énergie de cette jeune femme, ne pas vous poser de questions. Faire. Agir. Parce que vous avez des engagements, et qu’il faut les tenir.

 

Il pleut de plus en plus fort.

« Bah t’es encore là ? T’avais pas dit que tu partais tôt pour être à l’ouverture ?

-         -  Il pleut. Je crois que j’irais demain

-        -   Il va pleuvoir toute la semaine. Tu vas pas fondre tu sais… »

Vous manquez de courage. La voiture de la voisine s’arrête promptement, en warning, sur le trottoir. En 3 secondes, elle est sortie de la voiture, a ouvert la porte, attrapé le sac de gym de la petite fille qui gigote à l’arrière, fermé la porte, claqué la portière. En repartant, elle vous adresse un petit signe de la main, et un sourire.

 

C’est une invitation. A défaut de soleil, un rayon de sourire qui vous murmure « sortez donc de là et venez voir comme on est bien sous la pluie ».

Vous attrapez votre parapluie et ouvrez la porte.

* * *

Dans votre ville, il y a un espace nommé « Maison des Associations et de la Solidarité ». C’est là que vous allez. L’idée du bénévolat commence à germer dans votre tête. Vous avez envie d’en savoir plus. Le bus est à l’heure, il y a du monde. Vous laissez votre place à un monsieur avec une canne. Entourée par un homme en costume et une femme portant un sac à dos, vous vous sentez à votre place. Vous vous autorisez même à rêver que vous allez travailler…

 

Pas grand monde dans la Maison des Associations ce lundi matin de janvier. La fille de l’accueil raconte son week-end à une collègue. Vous n’osez pas les interrompre. Vous regardez les dépliants autour de vous.

Un jeune homme souriant #jemengage. Cette manie de mettre le symbole dièse partout.

Une ado babacool « j’agis pour ma communauté »

 

« je peux vous aider ? demande la fille de l’accueil.

-          - Non,…  enfin oui… Je me renseigne…

-         -  Ok, sur quoi ?

-        -   Aider.

-        -   Ah vous cherchez quelqu’un pour vous aider à la maison peut-être ? Plutôt pour du ménage ou vous aider à faire votre toilette ?"

Vous vous empourprez… Vous ne savez pas si vous êtes vexée, triste ou en colère.

-         " Euh… non, non, je n’ai pas besoin de tout ça !"

La collègue a tout compris, elle s’approche et dit « je crois que Madame est intéressée POUR aider. Excusez ma collègue, à 22 ans, on ne fait pas la différence entre une personne de 60 ans et une personne de 85 ans. Alors, ici vous avez les flyers des associations caritatives, à gauche, les associations sportives, à droite, les associations artistiques, mais je suis pas sure que vous trouviez quelques chose. Sinon, là il y a l’annuaire des Associations. Vous pouvez le consulter sur place. Prenez les numéros qui vous intéresse et appelez. Mais bon je vous préviens, pas toujours facile de les avoir… Vous aimeriez faire quoi comme bénévolat ? »

-          - Euh… je n'ai pas trop réfléchi. Je voudrais aider, me rendre utile.

-          - Mais vous préférez quoi ? Les enfants ? Les sans-abris ? Les migrants ? Le sport ? Les animaux ?

-         -   …

-          - Et vous cherchez quelque chose de récurrent ? de ponctuel ? en semaine ? le soir ou en journée ?

-         -  

-       -   Bon je vous laisse regarder tout ça. Faites-moi signe si vous avez besoin."

Vous vous sentez stupide. Pourquoi ne pas avoir réfléchi à ce que vous vouliez faire. L’annuaire est très épais et pas très clair. Un nom, un numéro de téléphone. Peu d’informations. Vous prenez quelques flyers. Les photos montrent des gens plutôt jeunes. Difficile de chercher quand on ne sait pas ce qu’on veut trouver… En boutonnant votre manteau, un flyer attire votre attention « Pourquoi rester retraité quand on peut devenir Benevolt ? » Au dos, la promesse de donner du sens à votre retraite en vous aidant faire du bénévolat. Intriguée, vous le glissez dans votre sac à main avant de repartir vers l’arrêt de bus.

 

 

Il pleut moins fort. C’est bon signe.

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