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Les chroniques de Benevolt - Chronique#5 - En vacances

 

Vous êtes partie en vacances.

 

C’était probablement ce qu’il y avait de mieux à faire. Puis à cette période de l’année, vous retrouvez toujours Gilles et Marie pour 4 jours à La Rochelle. La balade dans la ville, la glace artisanale, le restaurant sur le port – cette année il fait beau, on mange en terrasse, pas comme l’an dernier il faisait tellement froid… - l’aquarium, un an sur deux pour faire plaisir à Gilles, la balade en bateau un an sur deux pour faire plaisir à votre mari. Et pour admirer le fort Boyard. « Tu te souviens qu’on y a été avec les enfants ?! » Evidemment vous vous souvenez. Et à y retourner une fois tous les deux ans depuis 12 ans, vous ne voyez pas comment oublier.

 

« Mais vous en avez pas marre de La Rochelle ? » a dit votre fils.

« Tu peux pas comprendre, réplique votre fille, La Rochelle c’est là qu’ils se sont connus et qu’on a passé nos premières vacances tous les 4, c’est un souvenir, un peu comme un pèlerinage. Oui c’est ça, un pèlerinage sur les vestiges de leur jeunesse au crépuscule de leur vie »

Elle a toujours eu le sens de la formule votre fille. Cette fois-ci, ça pique un peu.

 

Les perruches déposées chez votre fils désabusé, sous l’œil émerveillé du petit, Vous êtes donc partie en vacances. Les retrouvailles, les embrassades, les rituels de restaurants, glaces, balades, aquarium ET sortie en bateau. Une excursion à l’île de Ré, des grasses matinées, un déjeuner festif chez les cousins sur la route du retour, du bon temps, de vraies vacances.

Et vous êtes rentrée. Poursuivre vos vacances chez vous. Vous avez profité d’un printemps exceptionnellement doux pour jardiner. Vous avez été 3 fois au cinéma. Vous avez coupé vos cheveux, gardé le petit un week-end, rafistolé son doudou, fini vos trois romans entamés depuis Noel, déjeuné puis fait une expo avec votre fille, changé les essuies-glaces de la voiture, raté vos premières madeleines, re-gardé le petit, réussi la deuxième fournée de madeleines, changé le pommeau de douche. Imperceptiblement, vous avez embrayé sur les vacances d’été. Profiter du jardin, voir des amis, repeindre les volets,  le mariage d’une petite nièce en aout, les petits enfants pendant quinze jours, les emmener à la piscine, lire, trainer, profiter. Vous êtes bien, vous avez enfin du temps libre, la retraite c’est pas si mal après tout.

 

Aujourd’hui il pleut, vous vous attaquez au rangement de votre armoire, comme chaque fin de vacances d’été.

Alors que vous êtes absorbée par le pliage méthodique de vos sous-vêtements, la jupe intemporelle glisse jusqu’à vos pieds. Vous la ramassez et pendant que vous la remettez sur son cintre, elle s’accroche à la veste du tailleur bleu marine, celui qui sert pour les salons une fois par an, l’emportant dans sa rechute avec les deux chemisiers et le pantalon coordonné.

« qu’est-ce tu fais par terre toi, tu sais bien que je te porte uniquement pendant… » Vous interrompez votre question (après tout, vous êtes entrain de parler à tailleur, il ne devrait pas s’en formaliser) les salons ont lieu au mois de septembre. Et après, il y aura le séminaire annuel de l’entreprise. Où la jupe intemporelle a été si souvent.

Les vacances sont terminées, vous le sentez. Vos vêtements réclament un retour à la vie active. Ranger votre armoire est toujours la dernière tâche que vous accomplissez avant de retourner travailler.

Le bouton de la jupe capte un rayon de soleil. Ca fait comme un flash qui vous éblouit. Ca sent la rentrée. Qu’allez-vous faire maintenant ?

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