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Les chroniques de Benevolt - Chronique#4 - Le Pot de Départ

Enfin garée devant chez vous, vous coupez le contact et fermez les yeux.

 

Des sourires, des accolades, les larmes des filles de la compta, la bise de la petite jeune, le discours du chef, très professionnel, très reconnaissant, votre rougissement et la moiteur de vos mains, la chanson de Joe Dassin massacrée en « Oooooh chère retraitée, palapalapam », l’émotion de Catherine.

 

Tout était là. Surtout l’émotion de Catherine, et le goût de ses brochettes Tomates / Comté / Olives. 22 ans à se côtoyer quotidiennement, à déjeuner ensemble tous les midis, à s’envoyer des mails et se repasser des dossiers, à participer aux mêmes réunions interminables et à se montrer pudiquement des photos de nos enfants puis de nos petits-enfants. 22 ans de complicité professionnelle pour en arriver à cette étreinte « on garde le contact, hein ? Je me disais,… je sais qu’on l’a jamais fait, mais… tu viendrais boire un café chez moi à l’occasion ? »

 

Une larme coule sur votre joue. Quitter son travail, c’est quitter une partie de sa vie. Que va-t-il rester ? Ça vibre dans votre sac. Un message. La voix de votre fils « Alors la vieille ?! sympa le pot de départ ? J’espère que tu as picolé au point que Papa ait dû venir te chercher ! La chance que t’as quand même. La retraite, quoi ! Les vacances à vie. Je t’envie. Bon sinon, lundi faudrait que tu sois là à 8h00 parce qu’Assia part au boulot vers 8h15 et qu’elle a une réunion hyper importante. Rappelle-moi quand t’as ce message. Bisous ! »

 

La voix du chef résonne à vos oreilles « Si vous vous consacrez à votre carrière de grand-mère comme à celle que vous avez effectué dans notre belle entreprise, nul doute que vous serez un modèle à suivre ! Bon vent et bonne retraite. » Et la nouvelle fille des RH de glisser « Attention à l’équilibre des temps de vie. Ce n’est pas parce que vous êtes en retraite que vous devez passer votre temps à vous occuper de vos petits-enfants. »

Eclat de rire général.

 

Vous souriez bêtement. Après les larmes, le rire. Ce fut un joli pot de départ. La salle était bien décorée et le buffet soigné. Il y avait même de la musique que la petite jeune actionnait depuis son smartphone. Elle est plutôt dégourdie en fin de compte. Elle devrait s’en tirer…

 

Votre mari ouvre la portière et regarde la banquette arrière « c’est quoi ce bazar ?! T’as pas ramené des dossiers ? » Vous soulevez le tissu qui laisse découvrir une grande cage « Ce sont des perruches, c’est mon cadeau de départ. Ils m’ont offert une cage avec des perruches pour me faire de la compagnie »

« Mais on va en faire quoi quand on part en week-end ?

Vous souriez

« On les refilera au petit. Je le garde, il garde les oiseaux. C’est donnant-donnant. On va pas se laisser bouffer notre retraite… Allez aide-moi à vider la voiture, après on prendra l’apéro… »

 

 

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